Editions sauvages sur Canal Alpha

A l’occasion de la première Journée de la lecture à voix haute, Canal Alpha est venu parler avec nous : interview




Sons d'une ville diluée 3.





A l’heure où confusément celui qui a trop bu sent poindre le désarroi d’un lendemain mauvais, et les tensions cerner déjà ses tempes ;

A l’heure où se télescopent dans les pensées d’une mère plusieurs événements récents en lien avec son fils qui ne lui a pas tout dit ;

Une voiture fend la nuit d'ambre ;

A l’heure où les écoliers de la cité ne savent pas encore que demain ils pourront goûter aux joies de la navigation en s’essayant deux par deux à mener leur vaurien derrière celui qui le précède ;

A l’heure où le vent semble modérer ses velléités du soir d’avant.

A cette heure d’inspiration où un projet de film traverse l’esprit du réalisateur insomniaque, s’installe, embrase sa conscience ;

A l’heure où il n’y a pas le silence mais les bruits du monde se sont comme retirés du monde, où les galets gisent sur la grève ;

A l’heure où la radio restée allumée distille les sons vifs d’une émission perdue dans une chambre vide ;
A l’heure où les enfants ne tirent plus la langue aux vieilles dames ;

A l’heure où Stéphane quitte son ordinateur après avoir surfé sur les sites où l’on peut rencontrer celle qu’on recherche toute une vie sans aucune chance de la trouver ailleurs, où il prend, hésitant, le téléphone après qu’elle lui ait laissé son numéro, et que peut-être enfin, à l’issue d’une journée de travail, ils se rencontreront, se marieront tout de même pour avoir des enfants qui tireront la langue aux vieilles dames et qu’elle, Judith, descendra les ruelles canailles, boira le champagne offert, recherchant en vain auprès d’autres la jubilation et l’accomplissement vécus lors de ces premières nuits ;

A l’heure où Chloé rit en rêvant, alors qu’elle se revoit le matin d’avant cadrant avec son Leika un mec pieds nus, cheveux filasses jouant à l’animal aux douze grimaces tout en décomposant sa gestuelle, complices dans le rire;

A l’heure où le paquebot du Corbusier, du haut de son élégance radieuse, inonde la nuit d’une incommensurable immobilité ;

A l’heure où le bébé en pleurs percute le sommeil de ses parents hébétés par tant d’autres nuits interrompues durant ce dernier mois ;

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