Editions sauvages sur Canal Alpha

A l’occasion de la première Journée de la lecture à voix haute, Canal Alpha est venu parler avec nous : interview




Ode aux immortels





Fils de rien, filles de nulle part
ou d'ailleurs
proches ou lointaines
amis de mes parents
compagnons chers
joueurs de cartes invétérés
buveurs sans soif,

Vous ai-je tant aimé ?

Vous nourrissez mon sang,
comme celui de mes pères
Vos rires coulent
dans les veines de mes enfants
bondissent et rebondiront encore
au milieu de nos descendants

Eméchés à vélo
mimant les clowns
vous tombiez platement
Titubant
vous vous releviez
Déjouant la trame de lendemains brumeux,
vous narriez en gaîté ces événements.

Un rouquin écrivait dans vos têtes
une pièce déjà jouée
vous fûtes mes frères,
d'en haut ou d'en bas, je ne sais
Luc, Paty, La guèpe
vous courriez les désordres
inconscients de rien


Vous contiez aussi l'Italie, Naples et Rome
ses invraisemblables gardes en livrée
croqués à la craie
pour un peu de thune
A votre apogée vous crachiez vos poumons
plein d'angoisse et d'amertume.

A la table ronde du bistrot,
vous flottiez
comme les éponges qui fréquentent nos mers.
Vos bleus regards penchaient vers les miroirs
quand les fumées enjambaient vos lèvres.

Femmes coquines, amants éperdus
vous oscilliez entre Fred et Jim
jeux de scènes
sans éclairage
Maria, Pierrot, Dédé,
où vous en êtes-vous donc allés?

Un Francis suivait l'autre
mateurs, vous détourniez la conversation
au passage de rondeurs entrevues
Affamés ou repus, éberlués, fauchés
Certains conjuguaient tabac et papier
d'autres buvaient quelque liquide concret

L'épileptique amaigri peignait
une fresque éphémère
tandis que de son champs de blé
le taureau
regardait
sa chute légendaire
d’une échelle en métal



Dame de pique, Odette, Chris
vous avez laissé le vin d'Espagne
et la suze amère
Toujours il reste de nous l'incomplet
ou le goût feutré
de notre destinée nomade

Placide
le fauve au crin sombre
couché sur le mur
contemple les tables disparates
Un jour, l'un de ces joyeux désespérés
anonce une farce énorme
qui retentit à l'intérieur des chapelles

Il n’est plus


Mes larmes sillonnent le papier rouge
Ainsi ma libation va à vous
mes chers morts





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