Trois enquêtes de "M", extrait 1

Faute d’évoquer des tâches en suspens, j’aurais dû au moins penser à ma femme. Mais bien vite, c’est l’image de Bimbo qui s’imposa. Ma femme était brave, travailleuse, du moins c’est ce que j’imaginais à l’époque. Je lui avais pardonné son écart et j’aurais dû l’aimer. Elle m’avait quitté un moment pour un bricoleur. Mais, je pensais sans cesse à Bimbo. Cette personne était un sujet d’enquête. Je n’aurais pas dû éprouver à son égard d’autres pensées que celles liées à mon travail d’investigation. D’ailleurs, cette pauvre fille avait des amants et une vie compliquée. Elle désorganisait néanmoins mon esprit. Cette femme était dangereuse. En plus, elle était artiste. Dans le service, nous n’aimons pas trop les artistes.
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prix de vente du livre Fr. 18.-
200 pages, couverture souple, format A5

le livre est disponible à la Librairie du Boulevard à Genève, à La Méridienne et Payot à La Chaux-de-Fonds et à la Fnac de Neuchât…

Sons d'une ville diluée 2.







A l’heure où les terrasses sont vides et les chaises appuyées sur les tables, alors que l’une d’elles bascule à terre à la suite d’un coup de vent plus fort ;

A l’heure où Christelle gémit ;

A l’heure où l’on perçoit le battement lent des ailes d’un dragon immense qui déplace l’air au-dessus des raffineries de pétrole plus à l’est, puis soudain surgit par-delà une cheminée crachant le feu en permanence, et ce monstre ailé par un retour de flammes jette une inégale lueur sur les terres au-dessous de lui ;

A l’heure où le ciel engoncé dans un manteau de nuages laisse entrevoir le faible rayonnement de la lune ;

A l’heure où Fanny jouit longuement au-delà des spasmes de son amant neuf ;

A l’heure où les nuages défilent autour de la butte morne qui domine la ville ;

A l’heure où Julien rentre seul d’une soirée d’étudiants, réfléchissant à ce qu’il a dit, à ce qu’il n’a pas dit, à ce qu’il aurait du dire et songeant à dormir au creux de sa couche moelleuse ;

A l’heure où l’on ne croit plus à rien ;

A l’heure où le vent semble jouer avec un papier blanc qui se débat en lutte avec les losanges d’un grillage ;


A cette heure chaotique où Angie croise son violeur qui d’abord ne l’a pas remarquée, puis se retournant le temps d’un haussement d’épaules, l’aperçoit. Alors le type au regard perdu reluque ses jeans moulants, et, en un rien de temps, sombre dans les pensées morbides d’un soir sans âme, songe à toutes celles désirées dont il a du se résigner à laisser intacte la beauté exquise. Il a senti en lui la pulsion d’un désir irraisonné, s’est laissé submerger par le cyclone de la revanche, est revenu en courant sur ses pas, a saisi la fille brutalement, sans entendre ses cris l’a plaquée sur le trottoir en tentant de la déshabiller, de baisser juste après son pantalon ; et elle de crier « Un préservatif au moins ! Non, non, je t’en supplie ! » Et lui qui n’entend rien, qui fonce dans la chair. Elle, la douleur au ventre, répète « Non ! Non ». La chaleur du corps qu’il ne connaît pas le surprend. Il n’a pas le temps de saisir. Elle hurle « Au secours ! » tout en le repoussant. Dans un sursaut ultime, il, en elle ; expire son sexe. Dans les secondes qui ont suivi le désaccord des chairs, il s’est brisé. La lumière d’un appartement gagne l’extérieur. Une fenêtre s’ouvre. A son tour, il sent l’angoisse. Durant un court instant, un sentiment poisseux les réunit. Et dire qu’il n’y a pas eu d’échange, et dire que cela s’est passé. Angie sanglote. Il dit «Ta gueule !» et part en courant. La fuite commence et dans sa tête ne finira pas avant l’heure dernière;








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